Atlantique Stade Rochelais

Blessure diplomatique

Il ne faut jamais se réjouir de la blessure d’un joueur, surtout celle d’un grand bonhomme comme Dan Carter, formidable ambassadeur du rugby tant par son talent que par son image. Il n’empêche, cette rupture du tendon d’Achille qui marque la fin prématurée de l’aventure française du All-Black ne peut empêcher de déclencher au mieux des interrogations, au pire des sourires cyniques. 700.000 euros de contrat, cinq petits matchs et puis s’en va… C’est sûr que la pilule est dure à avaler, autant pour le dindon de la farce perpignanais que pour le contribuable français qui va payer de sa cotisation maladie la prise en charge de la star. Mais n’est-ce pas un juste retour des choses face à une dérive dangereuse ?

C’est un Catalan lui-mĂŞme qui m’a soumis cette interrogation. SaoulĂ© depuis des mois de cette mĂ©diatisation non dĂ©sirĂ©e autour de son club. SaoulĂ© de ces gens qui ne lui parlent de Perpignan qu’à travers Carter, comme si ce club au passĂ© et au prĂ©sent si riche pouvait se rĂ©sumer Ă  un pigiste aussi talentueux soit-il. SaoulĂ© de ces journalistes Ă  la recherche de gros titres qui parlaient dĂ©jĂ  de “l’Usap de Dan Carter” avant mĂŞme que l’ouvreur n’ait posĂ© un pied Ă  AimĂ©-Giral. Comme quelque chose de faux, de surfait, de contraire Ă  l’esprit. Et la première rĂ©action de ce supporter de toujours face Ă  cette blessure fut de se dire qu’avec le jeune David MĂŞlĂ©, vaillant joueur du cru, ils avaient bien ce qu’il fallait en magasin. Est-ce pour se convaincre soi-mĂŞme ? Après tout, en peu de temps lui aussi avait Ă©tĂ© conquis par Carter. On n’est pas Ă©lu meilleur joueur du monde pour rien. Mais tout de mĂŞme, voilĂ  une rĂ©action des plus rĂ©vĂ©latrices.

Alors bien sûr, il est facile de taper sur la médiatisation, l’argent tout-puissant et autres dérives dues au professionnalisme. Mais peut-on réellement blâmer l’une ou l’autre des parties ? Prétendre que les sudistes viennent en France à la recherche d’un eldorado financier serait faire injure à des exemples tels que Tana Umaga ou Byron Kelleher. De même que cracher sur des dirigeants opportunistes qui ne font que profiter des failles d’un système peut-être trop permissif. Pourtant, si la mise en épingle du duel Hernandez-Carter n’avait pas eu lieu, peut-être que ce dernier serait à l’entraînement demain matin. Alors, à qui la faute ?

Pendant que la guerre des étoiles avait lieu au Stade de France avec les conséquences que l’on sait, moyennant force pom-pom girls et festivités grotesques, les bastions auscitains et rochelais s’affrontaient dans un match à l’ancienne, rugueux et fermé. Mais nos joueurs eux sont encore valides et en pleine santé, prêts à en re-découdre dès samedi prochain pour l’amour du maillot. Laquelle des deux visions doit-on préférer ? Je n’en sais rien… On peut seulement regretter que l’exemple tombe sur la tête de ce fabuleux joueur qu’est Dan Carter.

(Oeil pour Oeil, 2 février 2009)

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