Vent de révolte
Il n’est pas d’autre sport ou l’aspect psychologique a autant d’importance que le rugby. Jeux d’intox, déclarations calculées, premiers regards, pression du public, tous ces à -côtés comptent encore plus que tout le reste, avant même la première action du match. Et cela quelque soit le niveau auquel on évolue. Regardez les Toulousains, eux qui n’ont plus rien à prouver depuis tant d’années et qui survolent une nouvelle fois le rugby hexagonal, ils ont pourtant été vexés des propos de leur adversaire montpelliérain avant le match de ce week-end. Le MHRC s’avance comme jeune premier aux dents longues et n’hésite pas à déclarer tapageusement qu’il se voit champion de France dans les trois années qui viennent ; sur les bords de Garonne, voilà qui a été ressenti comme une attaque en bonne et due forme. Et qui ne pouvait être tolérée. Résultat des courses : cinq essais et un fanny pour l’élève méditerranéen prié de retourner sur le terrain d’entraînement et de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de se voir plus beau qu’il n’est et de devenir autre chose qu’un « club du ventre mou » (dixit Guy Novès). Pour se permettre de telles ambitions, encore faut-il en avoir les moyens. Le bluff n’a plus de valeur dans un affrontement d’homme à homme.
Non la révolte n’est pas forcément l’apanage des petits, même si c’est encore plus délicieux quand c’est le cas. Voir de valeureux montois, promis à la ProD2, donnés à l’agonie, saignés par les blessures, revenir à un point de l’armada toulonnaise construite à coups de millions, cela fait plaisir à beaucoup. Là encore, les annonces tapageuses et les promesses ambitieuses n’avaient pas suffisamment de coffre pour être tenues. Retour à la case humilité pour un président omniprésent dont l’image controversée rejaillit sur tout un club dont on oublierait presque qu’il a derrière lui une histoire glorieuse, plus souvent bâtie sur des valeurs de combat que sur des transferts enflammés. Oui, si Mont-de-Marsan va gagner à Toulon dans les semaines qui viennent, j’en serai heureux. Cela signifierait qu’il y a encore une morale. Et aussi que, peut-être, il pourrait y avoir une vie dans le Top14 pour le Stade Rochelais.
Bien sûr, on pourrait me dire qu’il y a un contre-exemple à celui proposé par Toulon cette année : la réussite du Stade Français depuis sa remontée en Elite il y a dix ans. Mais pourtant, là encore, c’est la révolte qui avait guidé ceux que l’on avait à l’époque qualifiés bien vite de mercenaires, et dont la majeure partie sont restés fidèles au club jusqu’au bout – et même après. En tant qu’exilé parisien je ressens encore plus cette raison d’être qui habite les stadistes : ici le rugby est marginal. Malgré les remplissages du Stade de France qui tiennent d’ailleurs plus de l’artifice que du spectacle rugbystique, les rugbymen parisiens sont les laissés-pour-compte de la capitale, et contraints aux résultats pour exister. Mieux que ça, eux qui sont conspués et montrés du doigt aux quatre coins de cette France rugbystique si provinciale, si casanière, ils savent en tirer un supplément d’âme pour s’imposer, encore et toujours, comme un ténor national. Comme les Toulousains qui n’acceptent pas de voir leur supériorité remise en question. Comme les Montois qui veulent prouver qu’ils ne sont pas des victimes expiatoires. La révolte agit à tous les étages, un soupçon de fierté qui fait bien souvent la différence à l’heure de regarder son adversaire droit dans les yeux.
(Oeil pour Oeil, 05.01.2009)







