Vous avez dit expatrié ?
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Expatrié. Un mot qui fait peur, un mot qui fait mal. Quitter sa terre natale quand on n’a jamais rien connu d’autre est une épreuve, difficile mais nécessaire et formatrice. Les voyages forment la jeunesse dit-on, et c’est peut-être vrai, mais le déracinement lui la fait passer, rangée au placard des rêves et illusions d’adolescent. Et la première réaction est alors : mais que vais-je faire de mon maillot Jaune et Noir ? Vais-je me sentir aussi proche de ces joueurs que j’ai aimé, pour qui j’ai vibré, qui représentent un pan entier de ma vie, une fois que je serai à plusieurs centaines de kilomètres de Marcel-Deflandre ? Interrogation légitime et angoissante, peur de perdre ses racines, de s’éloigner de chez soi. Mais il n’en est rien.
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Jean-Baptiste Elissalde, l’enfant du pays, le symbole des expatriĂ©s charentais, aime Ă se rĂ©pĂ©ter cette phrase lourde de sens : “Que je joue avec le maillot de Toulouse ou celui de l’Equipe de France, en-dessous je porterai toujours un maillot Jaune et Noir”. Que cela est vrai ! Et ce n’est qu’une fois parti que l’on s’en rend compte. L’éloignement n’éloigne pas, non, il rapproche. Il engendre la fiertĂ© de porter haut ses couleurs dans d’autres rĂ©gions, lĂ oĂą il faut se dĂ©fendre et expliquer pourquoi vivre Ă La Rochelle est unique, pourquoi soutenir ces couleurs et ce rugby vaut la peine. Porter ce maillot dans les rues toulousaines ou parisiennes n’est pas anodin, les gens vous regardent bizarrement, comme un animal Ă©trange. Mais d’oĂą sort-il ? Et puis il y les quelques spĂ©cialistes, ceux qui reconnaissent les couleurs, et viennent vous parler d’un match entre son Ă©quipe et la votre, des joueurs qui l’ont marquĂ©, de ce que signifie le rugby rochelais Ă l’extĂ©rieur de l’Aunis. Rencontres dĂ©licieuses s’il en est.
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Dans la vie d’expatrié, le match du samedi tient une place à part, l’oreille fébrile scotchée à la radio dans l’attente des exploits de nos joueurs. Car au final, ils représentent ce fil ténu qui nous raccroche à notre terre et aux années passées sur les bords de l’Atlantique. Et quand la défaite est au bout du poste comme ce fut le cas samedi, lourde, cruelle, la déception est presque plus grande que si on sortait du stade, la colère plus forte encore. Parce qu’en plus du constat amer de précieux points perdus, on se sent inutile, si loin du terrain, si loin de la tribune on l’on aurait pu pleinement jouer son rôle et pousser cette belle équipe vers la victoire. Un sentiment d’impuissance difficile à avaler. On râle tout le dimanche, on peste contre la fatalité géographique, on range l’écharpe, mais pourtant on la ressortira encore le samedi suivant. Parce qu’en tant qu’expatriés, l’amour de ce maillot Jaune et Noir prend réellement tout son sens. C’est juste une question d’identité.
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(Oeil pour Oeil, 08.12.208)







