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Archive pour décembre 2008
Lundi 29 décembre 2008
Entamer une saison, c’est comme partir pour une traversée en mer : on embarque avec une équipe qui sera inchangée jusqu’à l’arrivée au port, et qui devra faire face ensemble à tous les coups de tabac imprévus. Même si cette image a du plomb dans l’aile à l’heure des jokers médicaux et autres pigistes venus du sud, beaucoup d’entraîneurs aiment à se répéter cette métaphore. Et durant la traversée, il y a un moment qu’ils redoutent plus que tout autre, celui de l’escale que marque la trêve des confiseurs. Comme le commandant qui se demande dans quel état d’ébriété et de fatigue il va retrouver ses matelots après deux jours au port, l’entraîneur s’interroge avec angoisse sur l’état de ses troupes au retour de quelques jours de congés forcément particuliers.
On le voit à la reprise se ronger les ongles et se poser toujours les mêmes questions. Combien de kilos auront pris mes gros ? Mes gazelles n’auront-elles pas trop les jambes lourdes ? Ou autres interrogations légitimes à l’heure de repartir de plus belle pour le sprint final de saisons interminables. C’est le seul moment de l’année où le coach lâche ses ouailles. Lui qui les couve d’habitude de si près, le voilà obligé de les lâcher dans la nature pour quelques jours. Que de tourments pour un seul homme obligé d’assumer la responsabilité d’une trentaine de gaillards ! Heureusement que des préparateurs physiques sadiques ont inventé le suivi individuel, avec fiches d’entraînement à suivre à la lettre et check-up au retour des vacances. Que ferait notre pauvre petit entraîneur sans eux ?
Il y en a qui ont très vite compris comment Ă©viter ce genre de problèmes, ce sont les anglo-saxons. Point de trĂŞve, les rugbymen comme leurs cousins footballeurs jouent le 26 dĂ©cembre et remettent ça une semaine plus tard. Certains sont jaloux de ce mode de fonctionnement et n’ont de cesse de vanter en cette occasion le professionnalisme des joueurs anglais. Gâcher les fĂŞtes de NoĂ«l et le rĂ©veillon du 31, je ne vois pourtant pas vraiment de quoi se rĂ©jouir… Encore une preuve de plus que professionnalisme et esprit rugby ne font pas forcĂ©ment bon mĂ©nage. Jonny Wilkinson himself aurait passĂ© il y a quelques annĂ©es une soirĂ©e entière de 31 dĂ©cembre Ă taper des drops et des pĂ©nalitĂ©s, tout seul sur un terrain d’entraĂ®nement. Et les journalistes de relater ça avec Ă©loge. C’est peut-ĂŞtre vrai finalement, un titre de champion du monde est Ă ce prix… Mais je ne peux pas m’empĂŞcher de trouver ça froid, sans passion, presque trop prĂ©vu. Et cela ne me fera pas changer d’idĂ©e : si l’absence de troisième mi-temps est fortement prĂ©judiciable aux deux premières, l’absence d’escale est de mĂŞme une Ă©norme perte pour toute traversĂ©e.
(Oeil pour Oeil, 29.12.2008)
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Lundi 15 décembre 2008
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Les matchs d’avant Noël ont toujours une saveur particulière. Comme si la ferveur des fêtes de fin d’année enjôlait le stade et poussaient les supporters à braver le froid, le vent, et parfois la neige pour venir soutenir son équipe une dernière fois dans l’année. J’ai notamment souvenir d’un match à Marcel Deflandre où il avait fallu rajouter des tribunes escamotables sous le panneau d’affichage tellement les places étaient demandées. C’était pour la réception de Toulouse, il y a maintenant presque une dizaine d’années. Le grand Toulouse de l’époque, celui des Cazalbou, N’Tamack, Califano, ou encore Ougier. Ougier, l’un des meilleurs arrières de l’histoire du rugby français, qui aura juste eu la malchance d’être de la même génération qu’un certain Jean-Luc Sadourny. Ce soir-là , il avait été éblouissant.
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En cette veille de Noël, le Stade avait perdu, un petit score finalement, quelque chose comme 16 à 9. Si près, mais en même temps si loin… C’était la première fois que je voyais jouer Toulouse, et cet art de la relance, de la continuité et du soutien m’avait impressionné au plus haut point. Le genre de matchs que l’on ne regrette presque pas en sortant malgré la défaite tant la rencontre fut maîtrisée, la démonstration implacable. Les Rochelais étaient en train de grandir, petit à petit, avec notamment des résultats probants contre le Stade Français (41-13 en ouverture) ou Narbonne, match au cours duquel le public maritime se découvrait un nouveau chouchou en la personne de Diego Giannantonio. Mais voilà , Toulouse était passé par là , et en guise de cadeau de Noël avait offert à nos couleurs un petit aperçu de ce qu’il leur restait à faire pour grandir encore.
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Puisqu’on parle de Narbonne et de NoĂ«l, comment ne pas Ă©voquer ce match Ă©tourdissant de dĂ©cembre 2000, clĂ´turĂ© sur la marque de 49 Ă 42, six essais partout. Les commentateurs de Jour de Rugby avaient parlĂ© Ă propos de cette rencontre d’un “aperçu de Super12″. Une fin de match Ă©poustouflante, un essai de Nick Harvey Ă l’entrĂ©e des arrĂŞts de jeu pour revenir Ă 42-42, puis la passe lumineuse sur un pas de Jeff BouchĂ© pour le petit Toala NoĂ«l qui grisait la dĂ©fense et aplatissait rageusement. Je n’étais pas au stade ce jour-lĂ , un de mes plus grands regrets, mais je garde en mĂ©moire toutes les images que j’ai pu en voir, les percĂ©es au forceps de la Puje, les charges pleines de dynamite de Bibine et le jeu si clairvoyant de Matt Tetlow. A l’issue du match, Jean-Pierre Elissalde, les yeux encore Ă©carquillĂ©s, avait dĂ©claré : « Quand on a vu ça, on peut descendre ». Quelles ques soient les difficultĂ©s d’une saison par ailleurs compliquĂ©e, tout Ă©tait dit.
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(Oeil pour Oeil, 15.12.2008)
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Lundi 8 décembre 2008
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Expatrié. Un mot qui fait peur, un mot qui fait mal. Quitter sa terre natale quand on n’a jamais rien connu d’autre est une épreuve, difficile mais nécessaire et formatrice. Les voyages forment la jeunesse dit-on, et c’est peut-être vrai, mais le déracinement lui la fait passer, rangée au placard des rêves et illusions d’adolescent. Et la première réaction est alors : mais que vais-je faire de mon maillot Jaune et Noir ? Vais-je me sentir aussi proche de ces joueurs que j’ai aimé, pour qui j’ai vibré, qui représentent un pan entier de ma vie, une fois que je serai à plusieurs centaines de kilomètres de Marcel-Deflandre ? Interrogation légitime et angoissante, peur de perdre ses racines, de s’éloigner de chez soi. Mais il n’en est rien.
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Jean-Baptiste Elissalde, l’enfant du pays, le symbole des expatriĂ©s charentais, aime Ă se rĂ©pĂ©ter cette phrase lourde de sens : “Que je joue avec le maillot de Toulouse ou celui de l’Equipe de France, en-dessous je porterai toujours un maillot Jaune et Noir”. Que cela est vrai ! Et ce n’est qu’une fois parti que l’on s’en rend compte. L’éloignement n’éloigne pas, non, il rapproche. Il engendre la fiertĂ© de porter haut ses couleurs dans d’autres rĂ©gions, lĂ oĂą il faut se dĂ©fendre et expliquer pourquoi vivre Ă La Rochelle est unique, pourquoi soutenir ces couleurs et ce rugby vaut la peine. Porter ce maillot dans les rues toulousaines ou parisiennes n’est pas anodin, les gens vous regardent bizarrement, comme un animal Ă©trange. Mais d’oĂą sort-il ? Et puis il y les quelques spĂ©cialistes, ceux qui reconnaissent les couleurs, et viennent vous parler d’un match entre son Ă©quipe et la votre, des joueurs qui l’ont marquĂ©, de ce que signifie le rugby rochelais Ă l’extĂ©rieur de l’Aunis. Rencontres dĂ©licieuses s’il en est.
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Dans la vie d’expatrié, le match du samedi tient une place à part, l’oreille fébrile scotchée à la radio dans l’attente des exploits de nos joueurs. Car au final, ils représentent ce fil ténu qui nous raccroche à notre terre et aux années passées sur les bords de l’Atlantique. Et quand la défaite est au bout du poste comme ce fut le cas samedi, lourde, cruelle, la déception est presque plus grande que si on sortait du stade, la colère plus forte encore. Parce qu’en plus du constat amer de précieux points perdus, on se sent inutile, si loin du terrain, si loin de la tribune on l’on aurait pu pleinement jouer son rôle et pousser cette belle équipe vers la victoire. Un sentiment d’impuissance difficile à avaler. On râle tout le dimanche, on peste contre la fatalité géographique, on range l’écharpe, mais pourtant on la ressortira encore le samedi suivant. Parce qu’en tant qu’expatriés, l’amour de ce maillot Jaune et Noir prend réellement tout son sens. C’est juste une question d’identité.
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(Oeil pour Oeil, 08.12.208)
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