Atlantique Stade Rochelais

Blessure diplomatique

2 février 2009

Il ne faut jamais se réjouir de la blessure d’un joueur, surtout celle d’un grand bonhomme comme Dan Carter, formidable ambassadeur du rugby tant par son talent que par son image. Il n’empêche, cette rupture du tendon d’Achille qui marque la fin prématurée de l’aventure française du All-Black ne peut empêcher de déclencher au mieux des interrogations, au pire des sourires cyniques. 700.000 euros de contrat, cinq petits matchs et puis s’en va… C’est sûr que la pilule est dure à avaler, autant pour le dindon de la farce perpignanais que pour le contribuable français qui va payer de sa cotisation maladie la prise en charge de la star. Mais n’est-ce pas un juste retour des choses face à une dérive dangereuse ?

C’est un Catalan lui-mĂŞme qui m’a soumis cette interrogation. SaoulĂ© depuis des mois de cette mĂ©diatisation non dĂ©sirĂ©e autour de son club. SaoulĂ© de ces gens qui ne lui parlent de Perpignan qu’à travers Carter, comme si ce club au passĂ© et au prĂ©sent si riche pouvait se rĂ©sumer Ă  un pigiste aussi talentueux soit-il. SaoulĂ© de ces journalistes Ă  la recherche de gros titres qui parlaient dĂ©jĂ  de “l’Usap de Dan Carter” avant mĂŞme que l’ouvreur n’ait posĂ© un pied Ă  AimĂ©-Giral. Comme quelque chose de faux, de surfait, de contraire Ă  l’esprit. Et la première rĂ©action de ce supporter de toujours face Ă  cette blessure fut de se dire qu’avec le jeune David MĂŞlĂ©, vaillant joueur du cru, ils avaient bien ce qu’il fallait en magasin. Est-ce pour se convaincre soi-mĂŞme ? Après tout, en peu de temps lui aussi avait Ă©tĂ© conquis par Carter. On n’est pas Ă©lu meilleur joueur du monde pour rien. Mais tout de mĂŞme, voilĂ  une rĂ©action des plus rĂ©vĂ©latrices.

Alors bien sûr, il est facile de taper sur la médiatisation, l’argent tout-puissant et autres dérives dues au professionnalisme. Mais peut-on réellement blâmer l’une ou l’autre des parties ? Prétendre que les sudistes viennent en France à la recherche d’un eldorado financier serait faire injure à des exemples tels que Tana Umaga ou Byron Kelleher. De même que cracher sur des dirigeants opportunistes qui ne font que profiter des failles d’un système peut-être trop permissif. Pourtant, si la mise en épingle du duel Hernandez-Carter n’avait pas eu lieu, peut-être que ce dernier serait à l’entraînement demain matin. Alors, à qui la faute ?

Pendant que la guerre des étoiles avait lieu au Stade de France avec les conséquences que l’on sait, moyennant force pom-pom girls et festivités grotesques, les bastions auscitains et rochelais s’affrontaient dans un match à l’ancienne, rugueux et fermé. Mais nos joueurs eux sont encore valides et en pleine santé, prêts à en re-découdre dès samedi prochain pour l’amour du maillot. Laquelle des deux visions doit-on préférer ? Je n’en sais rien… On peut seulement regretter que l’exemple tombe sur la tête de ce fabuleux joueur qu’est Dan Carter.

(Oeil pour Oeil, 2 février 2009)

Vent de révolte

5 janvier 2009

Il n’est pas d’autre sport ou l’aspect psychologique a autant d’importance que le rugby. Jeux d’intox, déclarations calculées, premiers regards, pression du public, tous ces à-côtés comptent encore plus que tout le reste, avant même la première action du match. Et cela quelque soit le niveau auquel on évolue. Regardez les Toulousains, eux qui n’ont plus rien à prouver depuis tant d’années et qui survolent une nouvelle fois le rugby hexagonal, ils ont pourtant été vexés des propos de leur adversaire montpelliérain avant le match de ce week-end. Le MHRC s’avance comme jeune premier aux dents longues et n’hésite pas à déclarer tapageusement qu’il se voit champion de France dans les trois années qui viennent ; sur les bords de Garonne, voilà qui a été ressenti comme une attaque en bonne et due forme. Et qui ne pouvait être tolérée. Résultat des courses : cinq essais et un fanny pour l’élève méditerranéen prié de retourner sur le terrain d’entraînement et de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de se voir plus beau qu’il n’est et de devenir autre chose qu’un « club du ventre mou » (dixit Guy Novès). Pour se permettre de telles ambitions, encore faut-il en avoir les moyens. Le bluff n’a plus de valeur dans un affrontement d’homme à homme.

Non la révolte n’est pas forcément l’apanage des petits, même si c’est encore plus délicieux quand c’est le cas. Voir de valeureux montois, promis à la ProD2, donnés à l’agonie, saignés par les blessures, revenir à un point de l’armada toulonnaise construite à coups de millions, cela fait plaisir à beaucoup. Là encore, les annonces tapageuses et les promesses ambitieuses n’avaient pas suffisamment de coffre pour être tenues. Retour à la case humilité pour un président omniprésent dont l’image controversée rejaillit sur tout un club dont on oublierait presque qu’il a derrière lui une histoire glorieuse, plus souvent bâtie sur des valeurs de combat que sur des transferts enflammés. Oui, si Mont-de-Marsan va gagner à Toulon dans les semaines qui viennent, j’en serai heureux. Cela signifierait qu’il y a encore une morale. Et aussi que, peut-être, il pourrait y avoir une vie dans le Top14 pour le Stade Rochelais.

Bien sûr, on pourrait me dire qu’il y a un contre-exemple à celui proposé par Toulon cette année : la réussite du Stade Français depuis sa remontée en Elite il y a dix ans. Mais pourtant, là encore, c’est la révolte qui avait guidé ceux que l’on avait à l’époque qualifiés bien vite de mercenaires, et dont la majeure partie sont restés fidèles au club jusqu’au bout – et même après. En tant qu’exilé parisien je ressens encore plus cette raison d’être qui habite les stadistes : ici le rugby est marginal. Malgré les remplissages du Stade de France qui tiennent d’ailleurs plus de l’artifice que du spectacle rugbystique, les rugbymen parisiens sont les laissés-pour-compte de la capitale, et contraints aux résultats pour exister. Mieux que ça, eux qui sont conspués et montrés du doigt aux quatre coins de cette France rugbystique si provinciale, si casanière, ils savent en tirer un supplément d’âme pour s’imposer, encore et toujours, comme un ténor national. Comme les Toulousains qui n’acceptent pas de voir leur supériorité remise en question. Comme les Montois qui veulent prouver qu’ils ne sont pas des victimes expiatoires. La révolte agit à tous les étages, un soupçon de fierté qui fait bien souvent la différence à l’heure de regarder son adversaire droit dans les yeux.

(Oeil pour Oeil, 05.01.2009)

Escale sèche

29 décembre 2008

Entamer une saison, c’est comme partir pour une traversée en mer : on embarque avec une équipe qui sera inchangée jusqu’à l’arrivée au port, et qui devra faire face ensemble à tous les coups de tabac imprévus. Même si cette image a du plomb dans l’aile à l’heure des jokers médicaux et autres pigistes venus du sud, beaucoup d’entraîneurs aiment à se répéter cette métaphore. Et durant la traversée, il y a un moment qu’ils redoutent plus que tout autre, celui de l’escale que marque la trêve des confiseurs. Comme le commandant qui se demande dans quel état d’ébriété et de fatigue il va retrouver ses matelots après deux jours au port, l’entraîneur s’interroge avec angoisse sur l’état de ses troupes au retour de quelques jours de congés forcément particuliers.

On le voit à la reprise se ronger les ongles et se poser toujours les mêmes questions. Combien de kilos auront pris mes gros ? Mes gazelles n’auront-elles pas trop les jambes lourdes ? Ou autres interrogations légitimes à l’heure de repartir de plus belle pour le sprint final de saisons interminables. C’est le seul moment de l’année où le coach lâche ses ouailles. Lui qui les couve d’habitude de si près, le voilà obligé de les lâcher dans la nature pour quelques jours. Que de tourments pour un seul homme obligé d’assumer la responsabilité d’une trentaine de gaillards ! Heureusement que des préparateurs physiques sadiques ont inventé le suivi individuel, avec fiches d’entraînement à suivre à la lettre et check-up au retour des vacances. Que ferait notre pauvre petit entraîneur sans eux ?

Il y en a qui ont très vite compris comment Ă©viter ce genre de problèmes, ce sont les anglo-saxons. Point de trĂŞve, les rugbymen comme leurs cousins footballeurs jouent le 26 dĂ©cembre et remettent ça une semaine plus tard. Certains sont jaloux de ce mode de fonctionnement et n’ont de cesse de vanter en cette occasion le professionnalisme des joueurs anglais. Gâcher les fĂŞtes de NoĂ«l et le rĂ©veillon du 31, je ne vois pourtant pas vraiment de quoi se rĂ©jouir… Encore une preuve de plus que professionnalisme et esprit rugby ne font pas forcĂ©ment bon mĂ©nage. Jonny Wilkinson himself aurait passĂ© il y a quelques annĂ©es une soirĂ©e entière de 31 dĂ©cembre Ă  taper des drops et des pĂ©nalitĂ©s, tout seul sur un terrain d’entraĂ®nement. Et les journalistes de relater ça avec Ă©loge. C’est peut-ĂŞtre vrai finalement, un titre de champion du monde est Ă  ce prix… Mais je ne peux pas m’empĂŞcher de trouver ça froid, sans passion, presque trop prĂ©vu. Et cela ne me fera pas changer d’idĂ©e : si l’absence de troisième mi-temps est fortement prĂ©judiciable aux deux premières, l’absence d’escale est de mĂŞme une Ă©norme perte pour toute traversĂ©e.

(Oeil pour Oeil, 29.12.2008)

Noël au balcon

15 décembre 2008

 

Les matchs d’avant Noël ont toujours une saveur particulière. Comme si la ferveur des fêtes de fin d’année enjôlait le stade et poussaient les supporters à braver le froid, le vent, et parfois la neige pour venir soutenir son équipe une dernière fois dans l’année. J’ai notamment souvenir d’un match à Marcel Deflandre où il avait fallu rajouter des tribunes escamotables sous le panneau d’affichage tellement les places étaient demandées. C’était pour la réception de Toulouse, il y a maintenant presque une dizaine d’années. Le grand Toulouse de l’époque, celui des Cazalbou, N’Tamack, Califano, ou encore Ougier. Ougier, l’un des meilleurs arrières de l’histoire du rugby français, qui aura juste eu la malchance d’être de la même génération qu’un certain Jean-Luc Sadourny. Ce soir-là, il avait été éblouissant.

 

En cette veille de Noël, le Stade avait perdu, un petit score finalement, quelque chose comme 16 à 9. Si près, mais en même temps si loin… C’était la première fois que je voyais jouer Toulouse, et cet art de la relance, de la continuité et du soutien m’avait impressionné au plus haut point. Le genre de matchs que l’on ne regrette presque pas en sortant malgré la défaite tant la rencontre fut maîtrisée, la démonstration implacable. Les Rochelais étaient en train de grandir, petit à petit, avec notamment des résultats probants contre le Stade Français (41-13 en ouverture) ou Narbonne, match au cours duquel le public maritime se découvrait un nouveau chouchou en la personne de Diego Giannantonio. Mais voilà, Toulouse était passé par là, et en guise de cadeau de Noël avait offert à nos couleurs un petit aperçu de ce qu’il leur restait à faire pour grandir encore.

 

Puisqu’on parle de Narbonne et de NoĂ«l, comment ne pas Ă©voquer ce match Ă©tourdissant  de dĂ©cembre 2000, clĂ´turĂ© sur la marque de 49 Ă  42, six essais partout. Les commentateurs de Jour de Rugby avaient parlĂ© Ă  propos de cette rencontre d’un “aperçu de Super12″. Une fin de match Ă©poustouflante, un essai de Nick Harvey Ă  l’entrĂ©e des arrĂŞts de jeu pour revenir Ă  42-42, puis la passe lumineuse sur un pas de Jeff BouchĂ© pour le petit Toala NoĂ«l qui grisait la dĂ©fense et aplatissait rageusement. Je n’étais pas au stade ce jour-lĂ , un de mes plus grands regrets, mais je garde en mĂ©moire toutes les images que j’ai pu en voir, les percĂ©es au forceps de la Puje, les charges pleines de dynamite de Bibine et le jeu si clairvoyant de Matt Tetlow. A l’issue du match, Jean-Pierre Elissalde, les yeux encore Ă©carquillĂ©s, avait dĂ©claré : « Quand on a vu ça, on peut descendre ». Quelles ques soient les difficultĂ©s d’une saison par ailleurs compliquĂ©e, tout Ă©tait dit.

 

(Oeil pour Oeil, 15.12.2008)

Vous avez dit expatrié ?

8 décembre 2008

 

Expatrié. Un mot qui fait peur, un mot qui fait mal. Quitter sa terre natale quand on n’a jamais rien connu d’autre est une épreuve, difficile mais nécessaire et formatrice. Les voyages forment la jeunesse dit-on, et c’est peut-être vrai, mais le déracinement lui la fait passer, rangée au placard des rêves et illusions d’adolescent. Et la première réaction est alors : mais que vais-je faire de mon maillot Jaune et Noir ? Vais-je me sentir aussi proche de ces joueurs que j’ai aimé, pour qui j’ai vibré, qui représentent un pan entier de ma vie, une fois que je serai à plusieurs centaines de kilomètres de Marcel-Deflandre ? Interrogation légitime et angoissante, peur de perdre ses racines, de s’éloigner de chez soi. Mais il n’en est rien.

 

Jean-Baptiste Elissalde, l’enfant du pays, le symbole des expatriĂ©s charentais, aime Ă  se rĂ©pĂ©ter cette phrase lourde de sens : “Que je joue avec le maillot de Toulouse ou celui de l’Equipe de France, en-dessous je porterai toujours un maillot Jaune et Noir”. Que cela est vrai ! Et ce n’est qu’une fois parti que l’on s’en rend compte. L’éloignement n’éloigne pas, non, il rapproche. Il engendre la fiertĂ© de porter haut ses couleurs dans d’autres rĂ©gions, lĂ  oĂą il faut se dĂ©fendre et expliquer pourquoi vivre Ă  La Rochelle est unique, pourquoi soutenir ces couleurs et ce rugby vaut la peine. Porter ce maillot dans les rues toulousaines ou parisiennes n’est pas anodin, les gens vous regardent bizarrement, comme un animal Ă©trange. Mais d’oĂą sort-il ? Et puis il y les quelques spĂ©cialistes, ceux qui reconnaissent les couleurs, et viennent vous parler d’un match entre son Ă©quipe et la votre, des joueurs qui l’ont marquĂ©, de ce que signifie le rugby rochelais Ă  l’extĂ©rieur de l’Aunis. Rencontres dĂ©licieuses s’il en est.

 

Dans la vie d’expatrié, le match du samedi tient une place à part, l’oreille fébrile scotchée à la radio dans l’attente des exploits de nos joueurs. Car au final, ils représentent ce fil ténu qui nous raccroche à notre terre et aux années passées sur les bords de l’Atlantique. Et quand la défaite est au bout du poste comme ce fut le cas samedi, lourde, cruelle, la déception est presque plus grande que si on sortait du stade, la colère plus forte encore. Parce qu’en plus du constat amer de précieux points perdus, on se sent inutile, si loin du terrain, si loin de la tribune on l’on aurait pu pleinement jouer son rôle et pousser cette belle équipe vers la victoire. Un sentiment d’impuissance difficile à avaler. On râle tout le dimanche, on peste contre la fatalité géographique, on range l’écharpe, mais pourtant on la ressortira encore le samedi suivant. Parce qu’en tant qu’expatriés, l’amour de ce maillot Jaune et Noir prend réellement tout son sens. C’est juste une question d’identité.

 

(Oeil pour Oeil, 08.12.208)

 
 
Conception et réalisation : LOG'INFO Services La Rochelle - "www.staderochelais.com" - contact : loginfo@loginfo.net Toutes les informations et les images présentes sur ce site restent la propriété exclusive de leurs créateurs/propriétaires. Toute publication, copie, diffusion ou retransmission de ces informations sont strictement interdites sans un accord écrit. Tous les sports a La Rochelle